Conférence sur l’apprentissage du langage par les enfants

Propos recueillis par Joëlle WEISS

 Céline DEVILLERS, parent d’élève du primaire, conférencière et fondatrice de www.loulilou.fr est venue présenter devant un parterre de parents très intéressés et interactifs, une conférence sur les facteurs-clés de l’éveil du langage chez le petit enfant. Intonation, mimiques et gestes ; interaction langagière, vocabulaire : au travers de nombreux cas pratiques, petites vidéos et exercices, elle a su présenter un discours très complet d’une manière particulièrement vivante et enrichissante. Merci !

« Eduquer aujourd’hui pour demain : quels repères pour une pratique chrétienne de l’éducation ? »

Jean-Marie PETITCLERC, prêtre catholique salésien, polytechnicien, éducateur spécialisé, est expert des questions d’éducation dans les zones sensibles. Directeur de l’association Le Valdocco, il a été de 2007 à 2009 membre du cabinet du ministre du Logement et de la ville. A l’occasion de l’assemblée générale de l’APEL, il est venu nous présenter ses réflexions et le fruit de son expérience au cours d’une conférence de haute volée. Morceaux choisis.

Ecrivain, Jean-Marie PETICLERC a publié de nombreux ouvrages dont « Eduquer aujourd’hui pour demain » à partir duquel nous lui avons demandé d’organiser le contenu de cette conférence. Un ouvrage structurant et passionnant qui a récemment fait l’objet d’une réédition augmentée aux Editions Salvator, 133 p., 16 €, ISBN 978-2-7067-0763-6

Education et mutation sociétale

Une source d’inspiration est l’héritage de Dom Bosco, proche, par les idées, de Jean-Baptiste de La Salle. Alors on pourrait se demander : comment à priori un éducateur du 21e siècle peut-il se référer à un pédagogue du 19e tant la situation d’aujourd’hui paraît différente de celle d’alors. Mais j’aime dire que nos deux époques ont en commun de connaître d’importants phénomènes de mutation sur le plan sociétal. Au temps de Jean Bosco on passait de la société rurale et paysanne à la société urbaine industrielle ; et nous nous passons de cette société industrielle à une société qualifiée de post-industrielle avec la révolution du numérique. Et il ne s’agit pas comme certains le croient d’une seule révolution technologique sur de nouveaux outils, il s’agit d’une véritable révolution culturelle. Tout jeune aujourd’hui est en capacité de dialoguer dans l’immédiat avec tout autre jeune aux quatre coins de la planète. . Autrement dit on assiste à une véritable modification du rapport à l’espace et au temps. Il me semble que toute culture commence par se définir par un type de rapport à l’espace et au temps, et nous sentons que cette nouvelle génération ne vit pas le même rapport à l’espace et au temps que celui que je vivais lorsque j’avais leur âge.

Je pense que c’est plus difficile pour nos enfants, nos adolescents de vivre leur jeunesse parce qu’il est plus difficile de se projeter dans l’avenir. Comment vouliez-vous du temps de Dom Bosco que le petit garçon, fils, petit-fils, arrière-petit-fils de paysan puisse se projeter dans un avenir d’ouvrier dans une de ces usines fumantes qu’il voyait poindre à l’horizon ? Mais aujourd’hui, nos ados ont du mal à se projeter dans l’avenir lorsque les économistes nous disent que nous connaissons en gros que 50 % des métiers qui s’exerceront en 2050 ; qu’ils assistent à l’effondrement de pans entiers de l’économie traditionnelle ; et alors que les nouveaux métiers liés à la e-économie tardent à se structurer ? Notre responsabilité c’est d’éduquer nos enfants non pas pour qu’ils rentrent dans le monde d’aujourd’hui, mais pour qu’ils rentrent dans le monde de demain. Et dans un tel contexte d’éducation, il est aussi plus difficile d’éduquer. La mission de parent, la mission d’éducation, la mission d’enseignant est plus compliquée qu’à une période plus stable, parce qu’il n’y a plus de consensus sociétal autour d’un ordonnancement des valeurs. Et il est logique qu’ils se sentent parfois un peu seuls pour transmettre les valeurs essentielles dans leur vie alors qu’ils ne sont plus portés par tout un environnement sociétal qui partageait ces mêmes points de vue. Dans un tel contexte, Dom Bosco était porteur d’une intuition qui me paraît d’une pertinence extrême. C’est que lorsque la confiance s’estompe dans les grandes institutions – dans son temps c’était les institutions liées à la monarchie qui étaient en voie d’écroulement, aujourd’hui ce sont nos grandes institutions républicaines – la capacité à transmettre, la capacité à éduquer, elle est beaucoup plus liée à la qualité de la relation adulte aux jeunes plutôt qu’à la qualité organisationnelle du système institutionnel. Autrement, dit Jean Bosco nous lègue une pédagogie fondée sur la qualité de la relation adulte-jeune. Il devinait déjà que l’exercice de la fonction d’autorité serait de moins en moins liée au statut de la personne qui l’exerce, et de plus en plus à la qualité de relation que cette personne est en capacité de nouer avec l’enfant, l’adolescent qui grandit. Ce peut être un parent, ce peut être un enseignant, ce peut être un juge pour enfant. Tous ont le même statut.

Et après, la grande rationalisation du Siècle des Lumières, Jean Bosco est l’éducateur qui a réhabilité l’affectif au cœur de la relation éducative. Disons que de toute façon il y a de l’affectif, qu’on le veuille ou non – quand je dis de l’affectif, cela peut être soit des sentiments affectueux, soit de l’agressif – mieux vaut le reconnaître pour pouvoir ensuite le gérer. Je suis de ceux qui disent que si notre école a autant de difficultés à gérer des groupes d’adolescents au comportement provocateur c’est que bon nombre d’enseignants ont été formés à la négation de la dimension affective de la relation pédagogique. Je travaille beaucoup sur la question du décrochage scolaire et je suis étonné lorsque l’on interroge des enfants, qu’ils nous disent « de toute façon, ma maîtresse en CM2, elle m’aimait pas. De toute façon mon prof de maths en 6e il pouvait pas me piffrer ». J’entends des enseignants me dire « des difficultés sont apparues sur le plan cognitif » et puis lorsque j’écoute la lecture qu’en fait l’enfant j’entends qu’il ne se sentait pas reconnu ; il ne se sentait pas compris ; il ne se sentait pas accueilli ; il ne se sentait pas aimé. Et c’est cela qui, pour lui, justifie que, peu à peu, il ait déserté l’école.

La démarche chrétienne de l’éducation : Croire, Espérer, Aimer, qui se décline en Confiance, Espérance, Alliance

Une pratique chrétienne de l’éducation ne va pas se mesurer à tel ou tel nombre d’heures d’instruction religieuse ; elle peut se pratiquer avec des jeunes qui sont chrétiens et d’autres qui ne le sont pas. Et quand on parle d’une école catholique, on ne parle pas d’une école pour catholiques, elle est ouverte à tous – loi Debré, cela fait partie de l’universalité du message évangélique. L’école c’est un lieu où vous mettez en relation des adultes et des jeunes, et dire qu’une école est catholique, c’est dire que cette relation se vit sur le mode basé sur la trilogie constitutive de la démarche chrétienne qui est celle du croire, espérer, aimer. Autrement dit mettre en place avec l’enfant une relation semblable à celle que les chrétiens nouent avec Christ : je crois en toi ; j’espère avec toi ; je t’aime.

La pédagogie de la confiance. Sans confiance, pas d’éducation possible, nous dit Dom Bosco. Car si on peut fonder le pouvoir sur la menace, on ne peut fonder l’autorité que sur la confiance. Car parfois on a tendance à confondre ces deux notions de pouvoir et d’autorité. Le pouvoir, je le reçois de l’institution. L’autorité, elle m’est conférée par celui auprès de qui je m’adresse. Deux enseignants ont le même pouvoir conféré par le chef d’établissement pour assurer la discipline du groupe classe. Ils n’ont pas la même autorité. L’autorité est conférée par les jeunes. C’est le drame de la police dans les quartiers où je travaille. Elle a globalement plus de pouvoir depuis l’ère Sarcocyste, le problème, c’est qu’elle ne fait plus du tout autorité. Autorité d’une institution chargée d’éduquer la citoyenneté des jeunes sur le territoire.

L’autorité va se fonder sur la crédibilité de celui qui en est le porteur. Et cette crédibilité se fonde sur la cohérence entre le dire et le faire. Le « fais ce que je dis, mais pas ce que je fais », cela ne marche plus. Donc pour que la confiance soit possible, encore faut-il que l’éducateur soit crédible. Ces 40 années de pratique du métier d’éducateur m’ont aussi fait découvrir que les jeunes qui font le moins confiance à l’adulte sont toujours des jeunes qui ont très peu confiance en eux. Parce que lorsque l’on n’a pas confiance en soi, il est dangereux de faire confiance à l’autre. Mais comment avoir confiance en soi si ce n’est en sentant le regard de confiance de l’autre ? Faire confiance, pour que la personne puisse prendre confiance, et en retour vous fasse confiance. Cela doit être le mouvement au cœur de la relation éducative.

Faire confiance. C’est-à-dire ne jamais étiqueter l’enfant à partir de son comportement ou de ses performances d’aujourd’hui. Le voir toujours comme capable de changer. […] C’est la même différence à l’école entre « Ta copie est nulle » et « T’es nul ». On ne dit pas du tout la même chose. Les enfants qui souffrent le plus à l’école sont ceux qui ont rencontré des enseignants qui ont confondu le champ de la performance et le champ de la personne. Au lieu de dire « Ta copie vaut 2 », ce qui est une réalité à l’instant t en fonction du référentiel de notation, voilà que l’on fait passer comme message « Tu vaux 2 ». Le tort réalisé est terrible. En théorie, dans l’école catholique, on ne devrait jamais parler de bons ou de mauvais élèves. L’élève c’est une personne, comment puis-je la qualifier de bonne ou mauvaise. J’ai le droit de parler d’une copie ; j’ai le droit de parler d’apprentissage réussi ou en cours ; mais comment ai-je le droit d’utiliser des techniques d’évaluation des apprentissages pour évaluer des personnes ? Comment des institutions chargées de transmettre un apprentissage faire passer le message qu’un gamin est nul ? Nul, c’est zéro, c’est néant. Je ne connais aucun gamin qui est néant ! Le problème, c’est que c’est parfois le message que ces jeunes entendent.

Donc le faire confiance c’est ne jamais identifier la personne à ses performances ou ses performances d’aujourd’hui si on veut effectivement l’inscrire dans une dynamique de progression. De manière à ce que l’enfant puisse prendre confiance. Et comment va-t-il prendre confiance ? C’est en mémorisant de la réussite. Votre plus grand rôle de parents, c’est de faire la fête lorsque le gamin fait ses premiers pas, lorsqu’il fait du vélo sans petites roues. Chaque fois qu’on permet à un enfant de mémoriser de la réussite, on l’aide à prendre confiance en lui pour affronter les difficultés du lendemain. Nous fonctionnons tous comme cela.

Le problème, c’est que ce n’est pas toujours la culture scolaire et sociétale en général, où l’on a plutôt tendance à mettre en avant ce qu’il lui manque pour être au niveau attendu, plutôt que ce qu’il sait faire. Il faut centrer son regard sur la progression du gamin. Je le dis avec certitude : un enfant en 4e en sait plus qu’un enfant en 6e. Comment lui-même peut-il s’en rendre compte : il avait 6 de moyenne en sixième, il a toujours 6 de moyenne en 4e. Le gamin se dit : « je suis aussi nul, regardez l’école, ça sert à rien, je ne progresse pas j’ai toujours 6 » ; c’est le premier facteur de décrochage scolaire, parce qu’aucun adulte ne va lui dire : « un 6 en 4e ça vaut un 18 en 6e ». On peut traverser le collège avec un 6 de moyenne, ce qui ne veut absolument pas dire qu’on a pas progressé. Et là je vous rejoins tout à fait, je crois en la qualité du travail des enseignants. On a une école qui est une bonne école, qui fait progresser les jeunes, et qui ne se donne pas d’outils pour le leur dire.

La pédagogie de l’Alliance

[…] Parfois, pour cause de fatigue ou de trop grande préoccupation, je peux avoir des paroles ou des attitudes qui ne sont pas en accord avec ces grands principes que je développe devant vous. Mais au moment où le jeune s’en rend compte, il s’agit de reconnaître son erreur. « Là, mon faire n’a pas été tout à fait à la hauteur de mon dire. Mais saches que le dire que je te dis, c’est aussi le dire que je m’impose, mais moi aussi j’ai aussi à progresser ». C’est plutôt rassurant pour l’adolescent, par ce que s’il ne rencontrait que des adultes parfaits, lui connaissant ses failles et ses limites, il se dirait « jamais je n’arriverai à être adulte ».

Vous savez, ça c’est la difficulté de la période de l’adolescence, ses parents qu’il avait placés sur un piédestal de héros pendant l’enfance, il les découvre avec leurs failles et leurs limites d’adultes. Interrogez un gamin de 7 ans « Qui est la plus belle des femmes – c’est ma maman à moi ; Qui est le plus débrouillard des hommes – c’est mon papa à moi ». Interrogez-le à 14 ans, « Maman tu es jolie mais la grande sœur de mon copain commence à éveiller des choses en moi que tu ne peux pas comprendre » ; « Papa tu nous a bassiné avec tes exploits au tennis ; j’ai été te voir jouer, disons que tu cours bien après la balle, de là à te prendre pour un champion excuse-moi ». L’adolescence – et c’est ça qui est parfois difficile dans la relation – c’est une relation de double déception : l’ado est déçu par ses parents qui ne sont pas à la hauteur de ses héros de son enfance, et les parents sont parfois déçus de leur ado qui n’est pas à la hauteur de toutes les attentes qu’ils projetaient sur lui lorsqu’il était enfant. Il n’y a pas une crise de l’adolescence, il y a une crise de la relation de l’adolescent avec l’adulte.

Comment faire alliance avec ses enfants ? Si je choisis ce terme d’alliance, c’est parce que c’est une conjugaison de l’amour et de la loi. On a souvent opposé autorité et loi mais si on réfléchit un peu, amour et loi se conjuguent. Il n’y a pas d’amour sans loi. Je connais des enfants qui souffrent de ne pas être aimés. Je connais des enfants qui soufrent d’être trop aimés dans une relation tellement fusionnelle qu’elle ne leur permet pas de s’exprimer à part entière. On le voit, c’est la question de l’intégrité de l’autre. On ne peut pas reprocher aux pédophiles de ne pas aimer les enfants, mais il y a la loi, et il y a l’intégrité de chacun, et il y a une différence entre un adulte et un enfant.

Donc il n’y a pas d’amour sans loi, et il n’y a pas de loi sans amour. La loi est faite pour l’homme, et ce qui fait la difficulté d’être parent, c’est la capacité à transmettre ces messages d’interdits parce qu’on aime son enfant. C’est vrai quelque part, si je n’en avais rien à faire de toi et de ton avenir, je te laisserais faire n’importe quoi. C’est parce que tu as du prix à mes yeux, parce que ton avenir m’intéresse que je vais poser cette limite, cet interdit. C’est au moment où on reprend l’enfant, qu’il faut qu’on lui explique qu’on le sanctionne parce qu’on s’intéresse à lui et qu’on pense qu’il vaut beaucoup mieux.

Faire alliance nécessite de trouver ce point de bonne distance et de bonne proximité avec l’enfant. L’art d’éduquer c’est l’art du positionnement de l’adulte par rapport au jeune. Trop de distance crée de la violence, des gamins qui font n’importe quoi pour attirer l’attention. Et trop de proximité peut aussi créer de la violence. Etre suffisamment proche pour ne jamais être indifférent et suffisamment distant pour ne pas être indifférencié. Or, ce qui rend difficile l’éducation, c’est que ce point de distance et de proximité va être différent pour chaque enfant.

La pédagogie de l’espérance

Ce qui caractérise le regard évangélique sur l’enfant, c’est ce double regard, sur le déjà là et le pas encore là. C’est un regard d’espérance, toujours porter sur l’enfant ce double regard.

Il y a trois catégories de parents. Ceux qui ne voient que l’enfant tel qu’il est aujourd’hui. Nous disons tous que nous aimons voir nos enfants grandir ; est-ce fondamentalement vrai ? C’est tellement gratifiant un enfant de CE2 qui se jette dans vos bras et vous raconte ses chagrins de cour de récréation, que vous allez surprendre à la sortie de seconde vous faire un signe de la main « Dégage maman, c’est pas ta place ici ». Mais voilà, l’enfant est appelé à grandir et combien c’est important de ne pas le maintenir dans l’état d’enfance.

Deuxième catégorie de parents, ceux qui ne voient dans l’enfant que le futur adulte. C’est le « Passe ton bac d’ abord ». La réalité de ce que tu vis aujourd’hui ne m’intéresse pas, la seule chose qui m’intéresse, c’est que tu feras Polytechnique, médecine, etc. Vous n’êtes pas là pour réaliser le projet que vous faites sur l’enfant, mais pour aider l’enfant à réaliser son projet.

Troisième catégorie de parents, ceux qui savent voir à la fois l’enfant qu’il est aujourd’hui et l’adulte qu’il est appelé à devenir. Etre porteur de ce double regard évangélique et qui va conduire je crois à une double attitude – c’est vrai pour une famille, c’est vrai pour l’école. Articuler un pôle sécurisation – l’enfant a besoin d’être sécurisé dans son présent pour relever le défi grandir – ça c’est reconnaître l’enfant qu’il est avec ses fragilités. Et un pôle responsabilisation. L’enfant est appelé à être responsable et c’est en exerçant des responsabilités qu’on apprend à devenir responsable.

La sécurité, c’est aimer l’enfant comme il est, c’est mettre des règles qui balisent, un espace, c’est l’aider à mémoriser de la réussite. Et puis le responsabiliser. Et je crois que dans notre pays, ce qui fonctionne mal aujourd’hui, c’est que toute la philosophie est la protection, protection de l’enfance. Non, non. Eduquer, ce n’est pas que protéger, c’est aussi responsabiliser. Bien sûr à la hauteur des épaules de l’enfant.

Combien je dénonce auprès des politiques cette volonté de vouloir appliquer le principe de précaution au champ éducatif. Il faudrait éduquer à risque zéro, c’est pas possible, c’est former des irresponsables. Alors bien sûr, c’est la difficulté d’être parents c’est de mesurer le risque, il ne s’agit pas de faire courir des risques inconsidérés aux enfants. Mais c’est l’apprentissage, et combien cela fait partie de l’éducation. Apprendre et doser.

Et je finirais sur la difficulté de dire Dieu aux ados. Reconnaissons que c’est plus facile au niveau des enfants que des adolescents. L’adolescence se traduit par la crise de la relation de l’ado à l’adulte, mais aussi de l’ado à Dieu. Je m’explique. Le premier rapport que noue le tout petit enfant au monde est un rapport de toute puissance. J’hurle, et je vois l’ensemble de la maison qui se met en mouvement pour me donner à boire, c’est extraordinaire. I’m the king of the world. Tout enfant démarre dans la vie avec ce sentiment de toute puissance.

Aussi, en tant que parents, il va s’agir de l’aider à sortir de ce sentiment de toute puissance pour l’insérer dans la société, et cela va être grâce à la règle, grâce à la loi. C’est douloureux, quand on s’est cru tout puissant, de découvrir qu’on ne l’est pas. Le risque, c’est quand on lui parle de Dieu. L’enfant risque de ce construire une image de Dieu en négatif de toutes ses limites qui le font souffrir, sur le mode « Je suis petit, Dieu est grand ; je suis faible, Dieu est fort ; je suis mortel, Dieu est immortel ; je suis dans le temps ; Dieu est éternel, etc. ». Et une fois qu’il s’est construit cette image alors lorsqu’il est en difficulté alors il « fait appel » à Dieu pour essayer de se restaurer dans cette position de tout-puissant.

A l’âge de l’adolescence, on découvre que cette relation ne fonctionne pas. J’en rencontre de ces ados qui me disent « De toute façon j’ai prié Dieu, je n’ai pas obtenu ce que je voulais. » « Cela veut donc dire que le Dieu est là pour faire ta volonté ? Eh bien heureusement que tu n’y crois plus, en ce Dieu là. Cela veut dire que tu grandis ». Dieu n’est pas celui qui permettrait à l’homme de se restaurer dans une position de toute puissance. Dieu est celui qui accompagne l’homme sur son douloureux chemin d’acceptation de sa non toute-puissance. Et il a emprunté ce chemin avec son fils. On voit le bouleversement de passer de la foi d’enfant avec une sorte de Dieu tout-puissant à la foi d’adulte en pouvant s’appuyer sur le soutien de Dieu. Une crise de la foi qui n’est pas si facile à gérer. Apprendre ce compagnonnage qui va permettre de passer d’une relation d’adulte à Dieu qui est différente.